HÔPITAL


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Les hôpitaux possèdent une histoire s’étendant sur plus d’un millénaire; d’établissements d’assistance charitable, ils sont devenus les outils essentiels d’une politique de santé au bénéfice de la population dans son ensemble. Le progrès des communications, l’institution de la Sécurité sociale et l’évolution des techniques de soins médicaux ont abouti à la conception d’un réseau d’établissements hiérarchisés et coordonnés participant à la protection et à la promotion de la santé.

La qualification du personnel et la qualité de l’équipement spécialisé deviennent les objectifs principaux du développement du système sanitaire. Cependant, le coût des soins hospitaliers, dont le taux de croissance dépasse celui du revenu national dans les pays développés, doit être balancé par une contribution efficace du système sanitaire au retour des malades et blessés à des activités productives. Le cadre législatif, les procédures administratives et les techniques modernes de gestion doivent concourir à accroître l’efficience du système des soins médicaux sans négliger son rôle social.

Le système hospitalier est le meilleur champ d’application des méthodes diagnostiques et thérapeutiques; il favorise l’enseignement et la recherche médicale. Des méthodes statistiques d’analyse de la demande effective en soins médicaux, en fonction de paramètres démographiques et socio-économiques, permettent de mesurer l’écart entre la demande et les besoins théoriques et de fonder la planification sur une base objective.

1. Le développement historique des hôpitaux

L’hébergement et le traitement des pauvres, des malades et des invalides sont apparus, d’une part, dans les pays où les grandes religions (bouddhisme, christianisme et islam) se sont affirmées, et, d’autre part, aux périodes de prospérité économique et de développement du droit. À partir de ces pays, l’institution hospitalière s’est répandue dans d’autres régions qui étaient soumises à leur influence politique ou culturelle.

Des sanctuaires aux œuvres charitables

Le monde antique a connu des sanctuaires dédiés aux divinités guérisseuses (Asklépios, Imhotep, Sérapis, Amphiaraos), où les malades venaient en foule mais n’étaient pas autorisés à séjourner. Les moribonds et les parturientes en étaient écartés. Cependant, les infirmeries pour les soldats de métier et les esclaves des latifundia apparaissent sous l’Empire romain, si bien que, lorsque la religion chrétienne triomphe au IVe siècle, l’opinion publique est plus ou moins préparée aux œuvres d’assistance.

Chronologiquement, l’initiative de la création d’établissements pour les voyageurs, pèlerins et malades pauvres remonte à la création des grands monastères bouddhiques en Inde et à Ceylan à partir du IIIe siècle avant J.-C. Les plantes médicinales étaient cultivées et largement distribuées au peuple.

À Byzance, le concile de Nicée, en 325 apr. J.-C., prescrit aux évêques de disposer dans chaque ville d’un lieu appelé xenodochium , où les voyageurs et les pauvres seront hébergés et soignés (70e canon arabique). Le prototype le plus complet de cette époque initiale est le Ptocheion de Césarée de Cappadoce, fondé de 369 à 374 par saint Basile. Sous le règne de Justinien Ier (525-565), les fondations se multiplient. Leur administration est codifiée par une législation (novelles ) qui servira de modèle à l’Occident pendant des siècles. Une autre vague de fondation hospitalière caractérise le siècle des Comnènes (1081-1185).

L’organisation des hôpitaux byzantins influença certainement les pays qui eurent des contacts étroits avec Constantinople: l’Occident romain d’une part et les Arabes d’autre part.

Au cours des siècles de dépression économique et démographique du haut Moyen Âge, les fondations hospitalières dans l’Occident chrétien sont nombreuses mais modestes. Le rôle des pèlerinages n’est pas négligeable, et les hospices jalonnent les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle et les routes de Rome. Les ordres hospitaliers apparaissent au Xe siècle, mais il faut attendre le XIIe siècle pour que les agglomérations urbaines en croissance soient dotées d’hôpitaux plus importants.

Le monde islamique se construit et s’organise du VIIe au XIIe siècle: après l’expansion maximale qui suit la mort de Mahomet en 632 et qui est bloquée à l’ouest par la bataille de Poitiers (732) et à l’est par la disparition de Kotaiba dans le Turkestan chinois (715), s’élabore dans les pays convertis à l’islam un système d’assistance évolué, reposant sur la contribution pour les pauvres du dixième du revenu (zakat ) et la constitution de biens de mainmorte (waqf, habous, vakif ). Dans toutes les villes, un centre social s’édifie, comprenant la mosquée, l’hôpital, l’école théologique, la bibliothèque, les cuisines publiques, le caravansérail et les bains publics.

Un trait original, qui sera suivi par l’Occident à partir du XVe siècle, consiste en l’admission de malades mentaux soumis à un régime relativement humain.

Dans l’Orient bouddhique, les institutions d’assistance médicale et sociale restent de caractère bénévole et local, et il n’existe rien qui puisse correspondre au cadre administratif et législatif de l’Occident et du Moyen-Orient. La fondation et l’entretien d’hospices et d’hôpitaux sont l’affaire de grands personnages comme le prince Sh 拏toku Taishi au Japon (527-621) et de monastères puissants comme le Panjosse construit sous l’empereur Wendi [Wen-ti] des Wei (534-550), en Chine.

L’Inde, Ceylan et l’empire khmer se couvrent d’hôpitaux dont les règlements intérieurs, pour ceux d’Angkor notamment, sont conservés sur stèles et précisent la dotation en personnel et en médicaments.

Les étapes de la laïcisation des hôpitaux

Face au déclin de Byzance et à l’arrêt de l’expansion islamique, l’Occident chrétien fait montre d’une activité extraordinaire: des milliers d’hôpitaux sont fondés soit à l’initiative des rois et seigneurs, soit à celle des confraternités, corporations et ordres religieux, soit enfin grâce aux municipalités qui se chargent plus spécialement des maladreries pour lépreux. C’est l’époque où, selon les directives du concile d’Aix-la-Chapelle de 816 (canons 142-143), les hôtels-Dieu flanquent la plupart des églises cathédrales et où de grands bâtiments de style gothique s’élèvent. Certains ont subsisté jusqu’à nos jours (Angers, Tonnerre, Lübeck, Beaune).

Mais l’administration de ces établissements se dégrade, et l’histoire des hôpitaux français aux XIIIe et XIVe siècles est celle d’abus constamment renouvelés. La bulle Quia contingit (1312) de Clément V tente d’assainir la situation, et ses dispositions seront reprises par le concile de Trente (1545-1563); pourtant, peu à peu, l’administration hospitalière échappe à l’Église et aux ordres et passe aux mains des autorités municipales et laïques. Au début du XVIe siècle, certains théologiens, en général nominalistes, parmi lesquels l’Écossais John Major, s’orientent vers la notion d’assistance à la charge de l’État.

En Orient, les Turcs et les Iraniens poursuivent la politique sociale des Arabes et construisent des hôpitaux luxueux, faisant partie des centres sociaux et religieux des villes. En Chine, les œuvres d’assistance sont confiées aux communes, ainsi que toutes les autres institutions de caractère mutuel qui caractérisent la vie locale depuis la dynastie des Song (960-1279). L’assistance aux pauvres est organisée par des corporations de mendiants, et les collectivités locales pourvoient aux soins des malades contagieux.

Une des conséquences de la position de Luther, dans sa postille de 1520, est l’abandon, dans les États germaniques, des donations en faveur des hôpitaux. Aussi, dans les pays réformés, beaucoup d’hôpitaux passent sous le contrôle de l’État et des municipalités. L’humaniste espagnol Juan Luis Vives (1492-1540) soutient la thèse de la responsabilité de l’État à propos du projet de réforme administrative d’Ypres, et ses vues sont approuvées par la Faculté de Paris (1530). Dans les pays où la Contre-Réforme s’impose, la laïcisation des hôpitaux s’accélère néanmoins, surtout en France à cause de la politique suivie par les rois, de François Ier à Louis XIV. Le problème majeur était d’ailleurs celui du paupérisme, de la mendicité et du vagabondage contre lesquels l’administration d’assistance s’érige en organe de répression policière, ce dont témoignent la Poor Law d’Élisabeth (1601) et le mandement de Louis XIII (27 août 1612).

Au XVIIIe siècle, la «crise de la conscience européenne» ne pouvait manquer de s’attacher à la condition des pauvres. Rousseau, Diderot, l’abbé Prévost, Vauvenargues, La Chaussée, Marivaux se font les avocats des faibles. L’abbé de Saint-Pierre introduit le concept de «bienfaisance», qui se substitue à celui d’assistance. L’influence des commissaires de l’Académie des sciences est essentielle (1778-1788). Se ralliant aux conceptions anglaises en matière d’architecture hospitalière, ils condamnent les immenses établissements et préparent la reconstruction de l’Hôtel-Dieu de Paris, devenu le symbole de l’injustice à l’égard des malades indigents.

Ce mouvement de laïcisation suscite une activité accrue des fondations charitables, religieuses et privées. Saint Jean de Dieu en Espagne (1495-1550), les Fate Bene Fratelli en Italie, les Frères de la Charité en France, les Barmherzige Brüder en Allemagne créent et gèrent de nombreux hôpitaux de grande valeur. Il faut enfin signaler le rôle croissant des soins infirmiers sous l’impulsion de Suzanne Dubois (1621), Marie de La Ferre (1636) et d’autres; des confréries se forment, mention spéciale étant due aux Filles de la Charité (1633) qui doivent leur organisation à saint Vincent de Paul (1581-1660).

À Londres, la plupart des grands hôpitaux d’enseignement privé sont fondés au XVIIIe siècle: Westminster (1719), Guy’s (1722), St. George’s (1733), London hospital (1740), sous l’influence du quaker John Bellers. En Amérique, les hôpitaux se multiplient, d’abord en Amérique latine, sous l’impulsion des conquêtes espagnole et portugaise, puis au Canada (Québec et Montréal), enfin aux États-Unis (La Nouvelle-Orléans, New York, Baltimore, Boston, Philadelphie, etc.).

La planification sanitaire

De la fermentation des idées révolutionnaires et de l’œuvre du Directoire, du Consulat et de l’Empire se dégagent en France deux notions essentielles: la planification sanitaire et le caractère municipal de l’administration hospitalière. Pour la première fois, on songe à proportionner le personnel et l’équipement à la population. Un effort considérable est déployé pour recenser les indigents et pour calculer le nombre de lits nécessaires; on aboutit à la norme de un lit par cent cinquante habitants, très proche des idées contemporaines. C’est du Directoire que date la tutelle d’une commission administrative présidée par le maire de la commune sur tous les hôpitaux de celle-ci. Cette commission est dotée de la personnalité morale et de l’autonomie financière. Les campagnes napoléoniennes ont diffusé ce schéma d’organisation dans les pays de l’Europe occidentale et continentale.

En Grande-Bretagne, la planification sanitaire s’élabore avec les grands hygiénistes, dont sir Edwin Chadwick (1800-1890) est le chef de file. Les municipalités s’intéressent surtout aux hôpitaux pour contagieux et pour les ouvriers des grosses concentrations industrielles, ainsi qu’aux établissements pour enfants convalescents, tuberculeux, malades mentaux, qu’elles gèrent directement. Les hôpitaux généraux, souvent à caractère bénévole (voluntary ), qui étaient le fleuron de l’armature hospitalière britannique, seront nationalisés en 1948.

En Russie, le système hospitalier était depuis Pierre le Grand et Catherine II calqué sur celui de la Hollande et de l’Allemagne. La révolution d’Octobre entraîne un changement radical. Sous l’impulsion de Lénine, priorité absolue est donnée à la prévention et à la protection de l’enfance. Les hôpitaux sont intégrés dans le système sanitaire général. Ils acquièrent une importance matérielle considérable, et le nombre de lits passe en cinquante ans de un à dix pour mille habitants sans compter les sanatoriums, les maisons pour malades chroniques et pour convalescents. Les hôpitaux sont l’instrument d’une politique de santé globale; mais, bien que fondés sur des bases territoriales, ils ont perdu toute autonomie administrative. Les hôpitaux soviétiques sont devenus un rouage essentiel du service de santé. Le même schéma est appliqué dans les républiques socialistes d’Europe orientale et en Mongolie.

Aux États-Unis, les hôpitaux les plus célèbres et les mieux équipés sont privés et, en fait, intégrés dans l’activité économique. Les autorités publiques – communes, États et Administration fédérale – prennent en charge les personnes qui ne peuvent pas acquitter les frais élevés des hôpitaux privés et ceux que l’assurance maladie et hospitalière, elle-même privée, ne couvre pas: tuberculeux, malades mentaux, certains malades chroniques, indigents et vétérans (anciens combattants). Chaque établissement reçoit une dotation forfaitaire établie à partir d’une tarification des pathologies selon des catégories qualifiées groupes de diagnostic homogène.

Les pays en voie de développement avaient en général été dotés avant leur accession à l’indépendance de trois types d’hôpitaux: des infirmeries coloniales pour les troupes et les résidents européens; des hôpitaux de missions religieuses, largement orientés vers l’hébergement des cas sociaux (lépreux, sommeilleux, chroniques); des services médicaux organisés par les grandes entreprises minières ou d’agriculture industrielle (plantations de thé, d’hévéas, chantiers forestiers) pour leurs ouvriers. Progressivement, les infirmeries localisées dans les villes ont été agrandies et converties en larges établissements ouverts à la population autochtone. Au moment de leur création, ces établissements se révélaient déjà désuets pour leur époque, car leur structure administrative était élémentaire et dépendait de l’autorité militaire coloniale. L’arrêt de tout programme pendant la Seconde Guerre mondiale et les troubles de la décolonisation ont aggravé la situation de façon souvent dramatique. En Amérique latine, les choses sont différentes: le système hospitalier est souvent doté d’une administration civile moderne, mais les moyens en personnel spécialisé et en argent manquent pour appliquer la législation.

2. La législation hospitalière

La plupart des pays ont promulgué des textes législatifs concernant les hôpitaux, mais leur contenu apparaît très dissemblable. La législation hospitalière peut être faite de lois successives qui sont parfois des retouches d’une loi antérieure, complétées de décrets d’administration publique fort nombreux. Les textes régissant les hôpitaux peuvent se trouver rassemblés dans un Code de santé publique et être ainsi inclus dans un cadre plus général. Dans d’autres pays, le gouvernement central (national ou fédéral) promulgue des règlements qui constituent des textes de référence pour l’administration hospitalière, mais sans avoir force de loi, car ils n’ont pas été soumis au Parlement ou à toute autre forme d’assemblée nationale élue. Enfin, certains États n’ont pas de textes généraux et gèrent leurs hôpitaux par circulaires et lettres officielles.

En général, les textes législatifs concernant les hôpitaux comprennent les titres suivants:

– définition de l’hôpital ou de l’établissement assimilé (local, général, régional, spécialisé, public, privé, etc.) et structure de l’organisme de gestion et de direction (commission administrative, médicale, direction et économat);

– fonctions et statut du personnel hospitalier;

– mode de financement, établissement du budget et du prix de revient unitaire, contrôle financier;

– fonctions extra-murales: consultations externes, médecine préventive et sociale, rééducation, soins ambulatoires et à domicile;

– règles de construction, normes architecturales et d’engineering, sources de financement et contrôle des coûts de construction et d’équipement;

– organismes locaux, régionaux et centraux de conseil, de recherche et de planification.

La comparaison entre les types d’administration hospitalière permet des rapprochements entre pays ayant des cultures similaires et des structures d’administration publique semblables.

Les pays de droit romain

Ces pays sont ceux d’Europe occidentale et continentale, y compris ceux où le droit romain a largement prévalu, comme la Belgique et les Pays-Bas, et toute l’Amérique latine.

En règle générale, les établissements hospitaliers publics des pays de droit romain appartiennent à des commissions administratives locales dotées de personnalité morale. Le contrôle est exercé par l’administration publique à des niveaux plus élevés, départemental ou régional et central. Le directeur est ordinairement un administrateur non médecin. Les membres de la commission sont des élus municipaux, des représentants des régimes de sécurité sociale, des médecins et, dans les hôpitaux importants, des membres de l’université et des instances régionales. Les médecins de l’établissement sont le plus souvent recrutés sur concours, et ce sont les pouvoirs publics qui les nomment. L’unité comptable est le prix de journée, facturé aux organismes payeurs, qui sont: l’État, la Sécurité sociale ou les caisses et mutuelles diverses, et les particuliers qui ne sont couverts par aucun système. L’inclusion des investissements en capital et de l’amortissement n’est pas général et n’est pratiqué que lorsque la commission ne reçoit pas la totalité des dépenses de capital des organismes publics, et doit donc emprunter. De même, la situation varie beaucoup en ce qui concerne la vocation des hôpitaux et leur rôle dans les programmes de médecine préventive. La plupart des pays ont édicté des normes architecturales obligatoires, et un contrôle central est exercé sur les projets. Mais cette tutelle est compensée par des subventions nationales et parfois régionales. Cela donne lieu à une combinaison caractéristique du pouvoir de décision à l’échelon local avec un puissant appareil central ou régional de tutelle. Les hôpitaux sont donc largement décentralisés, tandis que leur contrôle est centralisé.

Les pays anglo-saxons

Dans les pays anglo-saxons, l’influence centrale est beaucoup moins forte et l’autorité gouvernementale de tutelle souvent régionalisée. C’est le cas de la Grande-Bretagne où, malgré l’instauration du Service national de santé, l’Angleterre et le pays de Galles, l’Irlande du Nord et l’Écosse sont soumis respectivement à des législations hospitalières sensiblement différentes. Ce trait est encore plus marqué au Canada et en Australie, où l’administration est provinciale. La Suisse ne possède que des lois cantonales. En Allemagne fédérale, ce sont les Länder qui détiennent, à des degrés très variés, les pouvoirs de tutelle.

En Grande-Bretagne, par contre, les commissions administratives locales ont disparu et ont été remplacées par des commissions hospitalières régionales, mais la propriété des hôpitaux a été transférée à l’État en Angleterre, dans le pays de Galles et en Écosse, alors qu’en Irlande du Nord, de même qu’en Australie (sauf la Tasmanie), les commissions restent les propriétaires du patrimoine. En Suisse, il n’existe aucune règle précise: la plupart des établissements demeurent la propriété des autorités locales, bien que beaucoup de cantons possèdent des hôpitaux cantonaux.

En Grande-Bretagne, les établissements individuels du passé ont été réunis en des ensembles placés sous la gestion d’une commission consultative, qui s’occupe d’environ mille lits. La tâche de l’administrateur hospitalier étant simplifiée par rapport à celle de son collègue des pays de droit romain, la direction de l’hôpital est parfois confiée à un médecin. En Allemagne fédérale et dans certains cantons suisses, de même qu’en Irlande (Eire), la direction est souvent assurée conjointement par un directeur administratif et un médecin, chacun d’eux ayant des responsabilités définies par l’usage. La nomination du personnel supérieur est presque toujours confiée aux autorités régionales.

Contrastant avec cette forte décentralisation, le financement, en Grande-Bretagne, provient exclusivement de l’État, car les soins médicaux et hospitaliers sont gratuits, l’assurance nationale ne couvrant que les bénéfices en espèces. Mais au Canada, en Australie, en Allemagne fédérale et, à un degré moindre, en Suisse, les hôpitaux sont largement financés par les systèmes de sécurité sociale. L’unité comptable est en général le budget annuel. Ce budget est couvert par les organismes payeurs, et le système du prix de journée réel n’est qu’une notion comptable qui n’intervient pas dans la facturation des soins donnés à chaque malade.

L’organisation des soins médicaux étant traditionnellement tripartite (hôpital, médecine préventive et activité des médecins praticiens), les hôpitaux anglo-saxons se cantonnent dans la médecine curative. En Grande-Bretagne, les frais de fonctionnement et d’équipement sont couverts par le gouvernement central, puisque les établissements sont nationalisés. Dans les autres pays anglo-saxons, il n’y a pas de règles fixes et l’équipement hospitalier reste largement du ressort des autorités locales. La même remarque est valable pour la planification qui, si elle est bien organisée en Grande-Bretagne, demeure embryonnaire dans les pays du Commonwealth et pratiquement inexistante en Allemagne fédérale et en Suisse, malgré des organismes d’études compétents auxquels manque cependant le pouvoir exécutif.

Les pays anglo-saxons diffèrent donc des pays de droit romain par la plupart de leurs traits. Sauf en Grande-Bretagne, où la régionalisation est poussée très loin et où les autorités locales ont perdu toute responsabilité dans les affaires hospitalières, l’édifice législatif est peu cohérent et traduit les tendances divergentes du passé.

Les États-Unis méritent une mention spéciale, car, possédant une administration de type britannique aux XVIIIe et XIXe siècles, ils ont évolué dans une direction radicalement opposée. La législation est limitée à des textes promulgués par les États et concerne exceptionnellement les hôpitaux privés (voluntary et proprietary ). Les seules lois fédérales s’appliquent à des domaines très restreints: la loi Hill-Burton de 1948, qui est relative aux conditions selon lesquelles les subventions fédérales sont attribuées aux hôpitaux de toute nature en fonction de leur adéquation à des normes d’équipement et à un plan général qui reste très théorique; et les lois Medicare et Medicaid de 1966, qui définissent le montant des subventions fédérales de fonctionnement pour les soins donnés aux vieillards et aux personnes qui ne peuvent pas payer les soins médicaux (medically indigents ). À l’exception des hôpitaux pour tuberculeux, malades mentaux, chroniques et vétérans, ou de ceux de certaines régions moins évoluées, peuplées d’Indiens et d’Esquimaux, l’ensemble du système hospitalier américain conserve un caractère privé et absorbe des sommes considérables. L’assurance maladie est elle-même fragmentée entre des organismes privés. Le président Clinton a entrepris de réformer, à partir de 1993, ce système de santé dont près de 20 p. 100 de la population est exclue.

Les pays scandinaves

La législation scandinave confie un large pouvoir aux autorités des comtés, grandes unités administratives de caractère local correspondant à une population de 50 000 à 100 000 personnes et incluant villes et campagnes. Mais l’échelon central possède un pouvoir de coordination et de contrôle qu’il partage avec les autorités de comtés. Au financement contribuent l’État (qui couvre en Suède les frais des services hospitaliers de caractère régional), les comtés et la Sécurité sociale. En bref, la différence essentielle avec les pays de droit romain consiste en ce que les hôpitaux sont aux mains de collectivités locales larges, intermédiaires entre les municipalités et les régions. L’unité budgétaire est le prix de journée au Danemark et en Norvège, le budget annuel en Suède et en Finlande.

L’Europe de l’Est

La législation sanitaire des pays socialistes incluait les hôpitaux comme des éléments essentiels du système, l’autre aspect étant représenté par l’organisation Sanepid (sanitaire et épidémiologique). Coexistaient donc deux systèmes complémentaires: celui des soins médicaux, y compris la prévention personnelle, la rééducation et les soins ambulatoires et à domicile assurés par les médecins thérapeutes (pour adultes), les pédiatres et les spécialistes, tous rattachés au système hospitalier; et celui du contrôle et de la surveillance épidémiologique de la population et de l’environnement, assurés par les stations Sanepid.

Dans l’unité territoriale base, le «rayon» (60 000 à 120 000 hab.), toutes les institutions de soins médicaux (hôpitaux, dispensaires, polycliniques, etc.) ont un directeur. Le contrôle est exercé et le plan est arrêté par les autorités locales, puis soumis pour approbation successivement à l’oblast (région) et au ministère de la Santé dont dépend le territoire. Les péripéties politiques intervenues depuis 1990 ont rendu très précaires les ressources indispensables au fonctionnement et à l’équipement des établissements sanitaires. C’est l’un des problèmes prioritaires pour les nouveaux gestionnaires.

Les pays du Tiers Monde

Dans les pays en voie de développement, la situation est souvent confuse. L’administration hospitalière faisait partie des règlements d’intendance coloniale, et les établissements privés échappaient à tout contrôle. Il convient cependant de mettre à part la Turquie et les pays arabes qui sont restés indépendants ou sous protectorat. En effet, la loi islamique n’acceptant pas le concept de personnalité morale, l’hôpital musulman ne pouvait pas être la propriété d’une commission et être géré par elle. En fait, la propriété d’un hôpital échappe à son fondateur le jour de l’admission du premier malade. En droit traditionnel, la fondation appartient alors à Allah, ce qui explique que la nationalisation par des gouvernements modernes n’ait rencontré aucun obstacle juridique sérieux. Les hôpitaux des pays islamiques sont la propriété de l’État, qui les gère directement. Le directeur en est généralement un médecin, et le budget provient de subventions gouvernementales.

3. L’organisation hospitalière contemporaine

L’hôpital a reçu deux définitions de l’Organisation mondiale de la santé (O.M.S.). La première est pratique: «établissement desservi de façon permanente par au moins un médecin et assurant aux malades, outre l’hébergement, les soins médicaux et infirmiers». L’autre définition décrit la fonction que l’hôpital moderne devrait assumer: «L’hôpital est l’élément d’une organisation de caractère médical et social dont la fonction consiste à assurer à la population des soins médicaux complets, curatifs et préventifs, et dont les services extérieurs irradient jusqu’à la cellule familiale considérée dans son milieu; c’est aussi un centre d’enseignement de la médecine et de recherche biosociale.»

L’hôpital joue actuellement un rôle considérable, grâce à deux facteurs dont le développement est irréversible: le progrès des sciences médicales qui impose la concentration du personnel qualifié et des équipements spécialisés des institutions de haute technicité d’une part, la facilité des communications qui va de pair avec l’urbanisation d’autre part. Le système hospitalier doit donc être rendu accessible à toutes les classes sociales et couvrir l’étendue géographique où vit la population. Cet impératif entraîne la création de complexes hospitaliers constitués d’un certain nombre d’établissements hiérarchisés, judicieusement répartis sur le territoire et étroitement coordonnés. L’étude statistique des différentes maladies et des conditions d’efficience optimale du nombre de lits de chaque service spécialisé, ainsi que l’utilisation des hôpitaux pour l’enseignement médical et la recherche conduisent à considérer que la «région « (de un à trois millions d’habitants) constitue le cadre adéquat pour un réseau hospitalier coordonné. Le concept de régionalisation hospitalière s’est donc tôt imposé dans plusieurs pays: en France (loi du 21 décembre 1941 et ordonnance du 30 décembre 1958), en Grande-Bretagne (National Health Service Act de 1946), en Suède (décrets royaux de 1962 à 1966), au Portugal (loi du 2 avril 1946), en Italie (loi du 12 février 1968) et dans les pays socialistes. L’application de cette politique est lente, car elle se heurte à la résistance des autorités locales (communes et comtés). L’évolution est irréversible, comme le montre le cas de la France, où l’introduction de représentants des instances régionales dans les commissions administratives a été institutionnalisée par la loi de réforme hospitalière du 31 juillet 1991 (conférences sanitaires de secteur).

Un autre aspect de l’organisation hospitalière contemporaine est l’intégration des activités préventives et curatives. Le système dualiste, qui a conduit au développement d’institutions de médecine sociale indépendantes des hôpitaux limités à leur fonction curative, n’est plus justifié. En effet, mis à part les vaccinations obligatoires et les programmes d’hygiène publique portant sur l’environnement, rien ne distingue la médecine sociale du dépistage précoce de maladies existantes mais plus ou moins ignorées des patients. En outre, tout dépistage positif entraîne une sanction thérapeutique. Les activités extra-murales de l’hôpital se développent largement en intégrant les programmes de médecine sociale.

Un dernier fait à considérer réside dans la difficulté croissante qu’éprouvent les collectivités locales à financer la construction et le fonctionnement d’établissements hospitaliers. Indépendamment des services spécialisés ayant une attraction régionale, et dont le financement ne saurait être imputé à une seule collectivité locale (celle de l’agglomération où l’hôpital régional est implanté), il est clair qu’une collectivité n’a pas les moyens d’administrer seule les institutions sanitaires dont elle a besoin. Le financement des hôpitaux se ramène actuellement à deux types principaux: intervention du budget de l’État (prédominant dans les pays socialistes et en Grande-Bretagne); prise en charge de la majorité des dépenses par des régimes de sécurité sociale (surtout dans les nations développées à économie de marché et en Yougoslavie). Ces deux types sont loin de s’exclure et se combinent avec avantage, en particulier dans les pays scandinaves. Même les États-Unis n’échappent pas à cette tendance; les deux tiers des malades y sont couverts par des organisations d’assurance maladie et hospitalisation (dont les plus importantes sont Blue Cross et Blue Shield). Les lois fédérales Medicare et Medicaid assurent l’intervention de l’Union et des États pour certaines catégories de personnes; enfin, des voix toujours plus nombreuses s’élèvent en faveur d’une sécurité sociale nationale à laquelle le président Clinton a décidé d’attacher son nom.

La mise en place progressive de la régionalisation hospitalière est donc inévitable. Elle entraîne la nécessité d’étudier et d’appliquer des méthodes de planification sanitaire prenant en considération les prospectives de l’aménagement du territoire et la tendance du marché des soins médicaux en fonction du développement socio-économique des populations. Les hôpitaux doivent donc progresser en technicité, mais abandonner peu à peu leur autonomie de caractère local. Cette tendance n’amènerait pas une diminution des responsabilités locales si ces dernières s’appliquaient à développer des activités qui leur sont propres, à savoir l’aide sociale, les soins à domicile, les soins aux personnes âgées, aux malades chroniques et aux convalescents, l’éducation sanitaire, l’assainissement du milieu, la lutte contre les pollutions. À ce titre, la séparation des maisons de retraite et des hôpitaux généraux est une mesure qui s’inscrit dans une politique rationnelle. Enfin, le renforcement de l’administration régionale des hôpitaux a pour corollaire l’accroissement des responsabilités de l’échelon central en matière de planification nationale, et le développement du programme de recherche en ce qui concerne l’organisation sanitaire.

4. Politique hospitalière

Le système hospitalier est appelé à occuper une place plus importante dans les programmes de développement. Les techniques diagnostique et thérapeutique se perfectionnent, ce qui entraîne des investissements croissants en personnel et en équipement. Le rapport des dépenses de santé au produit national est de l’ordre de 10 p. 100 dans les pays développés et il augmente plus vite que ce dernier. Les dépenses hospitalières correspondent à la moitié environ des dépenses globales de santé, et elles doivent s’accroître avec l’intégration progressive de la médecine préventive. Comme l’espérance de vie semble devoir plafonner à environ quatre-vingts ans, il en résulte que le contrôle des naissances et les succès de la thérapeutique amèneront un vieillissement de la population et la multiplication des cas de maladies chroniques et dégénératives. Si l’on observe dans les pays les mieux équipés une saturation des demandes pour maladies aiguës (maladies contagieuses, pédiatrie et chirurgie générale), il est certain que la demande effective en soins est loin d’être à la mesure des besoins réels; le marché ne peut donc que s’amplifier. L’O.M.S. se donne pour objectif la protection sanitaire globale de la population et recommande l’unification des services de santé de base. Ces derniers ne peuvent avoir leur pleine efficacité que si les hôpitaux s’intègrent dans un système à l’intérieur duquel le personnel sanitaire et la population ont toute liberté de circulation et d’utilisation. Il importe de coordonner les programmes de santé, l’industrialisation et l’urbanisation. Dans les pays socialistes, c’est à l’État d’assumer le fonctionnement du système sanitaire. Dans les pays où les moyens de production restent en majorité dans le cadre de l’économie de marché, c’est avec la participation de la sécurité sociale telle qu’elle est définie par l’Organisation internationale du travail (O.I.T.) qu’on peut résoudre le problème. Il est significatif, à cet égard, que dès 1968 la conférence générale de l’O.I.T. ait adopté la révision des conventions de sécurité sociale. Cette révision impliquant la responsabilité financière de la Sécurité sociale pour les soins préventifs personnels, les soins curatifs et la rééducation médicale, les programmes de soins médicaux seront de plus en plus étroitement tributaires du développement économique.

L’hôpital est appelé à jouer un rôle croissant dans la protection et la promotion de la santé et pourra en outre démontrer la valeur économique des soins médicaux. En régime de plein-emploi, la santé et l’éducation de la population sont les conditions du développement. Il en est de même dans les pays économiquement sous-développés pour les travailleurs qualifiés, car ils sont rares, même s’il y a sous-emploi global.

Les règles comptables en vigueur, surtout dans les pays de droit romain, devront faire place à des méthodes facilitant l’étude des coûts et des rendements (in-put out-put analysis ). Dans ce domaine, le coût est représenté par la dépense globale pour les soins médicaux; le gain économique résulte de la réduction de la durée d’incapacité et des taux d’invalidité découlant de soins efficaces. De tels modèles permettraient de s’écarter définitivement du système hôtelier avec lequel le système hospitalier a été trop longtemps confondu. Il apparaît que le procédé du prix de journée, certes commode pour facturer les dépenses aux organismes payeurs, est anti-économique parce qu’il favorise la prolongation de la durée de séjour des malades (qui coûte moins vers la fin de leur hospitalisation qu’à son début) et limite les investissements en personnel et en équipement qui seraient économiquement rentables puisqu’ils amélioreraient l’efficacité des soins. Au contraire, le système du budget annuel prévisionnel, calculé sur le prix de fonctionnement de chaque service ou, mieux, sur le prix moyen de chaque catégorie de «cas de maladie», favorise la validité économique d’un système dont le but est de diminuer le nombre de malades ainsi que la durée d’incapacité découlant de maladies impossibles à prévenir. De tels objectifs sont évidemment aux antipodes de ceux du système hôtelier.

5. Enseignement et recherche scientifique

L’hôpital constitue un instrument essentiel de l’enseignement pratique de la médecine, des soins infirmiers et des techniques paramédicales. Selon une tradition établie depuis plusieurs siècles, les enseignants des sciences cliniques sont à la fois membres de la Faculté et chefs de services hospitaliers. Trois solutions existent pour résoudre les problèmes de cette double fonction. Ou bien, comme en Russie, l’enseignement de la médecine et des techniques paramédicales dépend du ministère de la Santé; ou bien, comme aux États-Unis, il existe des hôpitaux universitaires dépendant des écoles de médecine; ou bien, comme en France, une convention lie certains hôpitaux et l’université, réalisant ainsi les centres hospitaliers universitaires (C.H.U.) issus de la loi Debré du 31 décembre 1970.

Le problème de l’enseignement clinique est actuellement un des plus ardus, car la complexité croissante des sciences médicales dans les secteurs les plus avancés (greffes viscérales, neurochirurgie et cardiochirurgie, physiopathologie des appareils rénal, cardiaque et pulmonaire, réanimation, etc.) attire l’attention des enseignants vers des doctrines et des pratiques qui s’éloignent de la médecine de base. En conséquence, les hôpitaux utilisés pour l’enseignement de la médecine ont tendance à comprendre une large proportion de services hautement spécialisés et à sélectionner les malades atteints d’affections rares ou atypiques. Ces hôpitaux jouent donc, à juste titre, un rôle régional, mais ils offrent aux étudiants en médecine une image déformée de la pathologie courante dont souffre l’ensemble de la population. Instruments admirables pour l’enseignement postuniversitaire et la formation des spécialistes, les hôpitaux universitaires préparent mal l’étudiant à affronter les problèmes journaliers de l’exercice de la médecine dans une collectivité. Le même étudiant est également mal préparé à assumer la protection et la promotion de la santé de la population dont il aura la charge. Ainsi s’aggrave l’écart entre une médecine de cas exceptionnels et les besoins de base des groupes humains. L’O.M.S. insiste pour que l’enseignement de la médecine s’oriente vers les besoins de base, par l’utilisation des hôpitaux généraux et des centres médicaux et de santé. Cette approche est particulièrement impérative pour les pays en voie de développement, où les programmes de santé n’ont de chance de se développer que si leurs promoteurs peuvent démontrer leur valeur économique par la réduction des invalidités résultant des maladies et des accidents les plus fréquents.

La recherche médicale pose à l’hôpital un problème de nature différente. L’organisation et la coordination de la recherche par l’établissement de conventions avec des services sélectionnés ne soulèvent pas de difficultés de principe et ne concernent que peu les fonctions des hôpitaux et leur administration. En revanche, le problème éthique reste délicat lorsque l’expérimentation et la recherche portent sur des êtres humains. Les États-Unis ont organisé des institutions spéciales comme le National Institute of Health à Bethesda (Maryland), où sont hospitalisés des volontaires. Les codes éthiques des pays latins n’autorisent pas une telle solution, mais il convient d’affirmer que l’expérimentation et la recherche des agents thérapeutiques doivent être conduites sur l’animal tant qu’il subsiste un doute sur la nocivité ou l’ambivalence d’un produit ou d’une méthode. L’expérimentation sur l’homme ne porte que sur des mises au point que la complexité de l’organisme humain impose et qui ne font courir aucun danger grave aux individus.

6. Organisation des soins et planification hospitalière

Les statistiques traditionnelles sur le fonctionnement des hôpitaux s’appuient sur les données suivantes: lits budgétaires (L); nombre annuel d’entrants ou, plus exactement, la moitié de la somme des admissions et des sorties, y compris les décès (E); journées d’hospitalisation annuelle (J). On en déduit le taux d’occupation moyenne (Om = J/365 L), le séjour moyen (Sm = J/E) et, enfin, la rotation des lits (R = E/L = 365 m/Sm).

On peut connaître le séjour moyen optimum par l’étude de valeurs observées pour des malades échantillonnés soit par une étude continue dans le temps, soit par des enquêtes par sondage pratiqué un jour donné (Yoshitake). L’occupation moyenne dépend de plusieurs facteurs, mais peut se calculer pour chaque unité d’hospitalisation par la formule:

où N est le nombre moyen de malades présents dans l’unité et a un coefficient qui est en général égal à 3.

On peut donc théoriquement déduire le nombre de lits nécessaire à la population à desservir et un indice lit/population (Il /p = nombre de lits/population dépendante). Mais cette méthode présente de graves défauts. Le taux d’occupation n’a pas de sens s’il excède 100 p. 100, ce qui arrive dans les pays en voie de développement et même dans les hôpitaux des pays avancés qui s’en tiennent à un nombre de lits budgétaires inférieur au nombre de lits employés. La population dépendante ne peut pas être évaluée sans recherche approfondie car ou bien on constate une grande mobilité des malades entre les éléments d’un réseau hospitalier dense – et les zones d’attraction de chaque hôpital empiètent donc largement les unes sur les autres –, ou bien une part inconnue de la population ne sollicite pas des soins hospitaliers quand les hôpitaux sont difficilement accessibles, soit par manque de lits ou de ressources, soit à cause de la distance. La demande de soins est donc très élastique et dépend de facteurs mesurables tels que: distance, coût des soins, prévalence des maladies par groupe d’âge et par sexe, et de facteurs non mesurables tels que: comportement en cas de maladie, perception de l’état de maladie, réputation de l’établissement et attitude des médecins praticiens.

Les recherches actuelles portent sur l’analyse détaillée de la demande effective en soins médicaux par des groupes définis de population et sur la corrélation de cette demande avec les facteurs socio-économiques qui influent sur elle. On sait déjà que le «malade moyen» (patient mix ) est très différent dans les pays développés et dans les pays du Tiers Monde. La méthode à l’étude consiste à déterminer comment des groupes de population définis par leur structure démographique et leur niveau socio-économique utilisent le réseau hospitalier qui leur est accessible, au lieu de déterminer comment les hôpitaux fonctionnent, ce qui ne peut aboutir qu’à une planification individuelle de chaque établissement. La clientèle potentielle de chaque unité hospitalière P étant mesurée par l’importance des flux différentiels de malades vers les différents niveaux du système hospitalier, et le taux de fréquentation hospitalière h (ou taux de demandes effectives) étant déterminé, on peut appliquer pour chacun des groupes de population étudié, par groupe d’âge et par sexe, et par type de service (médecine, chirurgie, pédiatrie, obstétrique), la formule:

On obtient ainsi le nombre de lits par mille habitants du groupe considéré en fonction de trois variables sur lesquelles on peut faire des hypothèses prospectives en fonction du développement socio-économique prévisible. Le nombre global de lits pour chaque discipline ayant été évalué, on doit procéder finalement à une répartition rationnelle de ceux-ci entre des établissements dont l’importance et la localisation sont précisées par une analyse opérationnelle tenant compte du coût de fonctionnement et d’équipement des différents types de services hospitaliers, de celui du transport des malades, etc.

Une telle étude doit s’insérer dans le plan d’aménagement du territoire qui établit la prospective du peuplement en fonction de l’urbanisation, de la composition démographique et de l’activité économique.

Ainsi se trouve fondée une planification des soins médicaux qui, rapprochée de celle des services d’hygiène sociale et publique aboutit à une planification sanitaire globale.

7. Implantation et architecture

L’emplacement des hôpitaux a trop souvent été décidé en fonction de critères qui ont conduit à des implantations extérieures aux agglomérations. Or, les techniques architecturales, l’expansion urbanistique et le souci de faire de l’hôpital l’instrument essentiel d’une politique de protection et de promotion de la santé imposent l’intégration des institutions sanitaires dans le tissu urbain. Cette nouvelle conception pose le problème de la dimension optimale des hôpitaux. Il est prouvé d’une part que les petits hôpitaux ne peuvent plus satisfaire de façon économique les impératifs de la médecine moderne, d’autre part que les très grands établissements souffrent de graves difficultés d’organisation et de gestion. L’optimum de capacité se situe autour de 500 à 700 lits, ce qui correspond à une emprise au sol de 40 000 à 60 000 m2. Les hôpitaux d’enseignement posent des problèmes difficiles, car la juxtaposition des services spécialisés qui les caractérisent et le rapprochement nécessaire des locaux d’enseignement et de recherche aboutissent à des ensembles beaucoup plus importants. Il est néanmoins possible de les fragmenter en hôpitaux généraux et en instituts spécialisés, afin de ramener chaque élément à une dimension raisonnable.

L’architecture contemporaine a définitivement abandonné le type pavillonnaire dérivé du modèle établi en France en 1788 par l’Académie des sciences; le principe du bloc a été adopté partout, sauf dans certains climats chauds. Mais ce bloc ne doit pas être une simple juxtaposition de services, car le développement de chacun d’eux serait rendu très difficile. Le style d’aujourd’hui se définit par l’élaboration d’une masse complexe et diversifiée dont chaque partie jouit d’une possibilité d’expansion et d’adaptation aux techniques futures. En effet, l’apparition de nouvelles méthodes de diagnostic et de traitement, le regroupement de spécialités médico-chirurgicales (cardiologie, neurologie, gastro-entérologie, néphrologie, pédiatrie) et l’individualisation de nouvelles disciplines imposent des remaniements fréquents d’attribution des locaux. Il est donc essentiel que l’architecture hospitalière favorise une flexibilité maximale d’utilisation. Compte tenu aussi de l’augmentation rapide du coût de la construction, le principe de la structure transformable s’est imposé. Enfin, la primauté de la façade décorative et de l’esthétique des volumes doit céder le pas à l’élaboration rationnelle des réseaux de distribution tant des malades que des visiteurs, du personnel, des fluides et de l’énergie. La forme définitive de l’hôpital doit n’être avant tout qu’une enveloppe d’éléments conçus pour répondre à des fonctions variées et changeantes. Les exigences de la chirurgie, de la radiologie, des laboratoires, imposent des techniques très élaborées. Les locaux d’hospitalisation eux-mêmes s’éloignent radicalement de la conception de l’hôtel et doivent permettre le classement des malades suivant le rythme des soins médicaux et infirmiers qui leur sont nécessaires. Selon le concept des soins gradués (progressive patient care ), on distingue la zone des soins intensifs, celle des soins normaux et celle des soins dégressifs. À l’intérieur de ces zones principales, les chambres de malades, les pièces de service et les salles de traitement sont groupées en unités de soins. Le rôle de l’ingénieur devient considérable à cause de la multiplication des circuits électroniques permettant l’enregistrement continu des constantes biologiques (monitoring ), des appareils d’analyse automatique, des applications des radiations ionisantes, de l’éclairage des salles d’opérations, des moyens de transport, du conditionnement et de la filtration d’air des locaux privilégiés, de la généralisation de l’informatique et aussi du contrôle permanent des sources d’infection hospitalière.

Il faut enfin évoquer la tendance, dans les grandes villes où il existe un certain nombre d’hôpitaux, à grouper les services industriels tels que buanderie, stérilisation, ateliers de réparation et d’entretien, magasins centraux et même usine de préparation de nourriture (selon une technique proche de celle de l’alimentation des voyageurs en avion). Ces nouvelles conceptions, jointes à l’utilisation d’ordinateurs reliés à des ensembles de 10 000 à 20 000 lits et traitant de l’administration et de l’informatique médicale, orientent vers une architecture libre d’éléments encombrants et plus spécifiquement consacrée aux fonctions hospitalières proprement dites. Cette approche nouvelle facilite en outre l’insertion des établissements dans le plan d’urbanisme en diminuant la surface au sol.

8. Les hôpitaux spécialisés

Les caractéristiques, autrefois très particulières, des hôpitaux spécialisés ont tendance à s’estomper avec le succès des soins ambulatoires et la diminution de la durée moyenne de séjour pour les tuberculeux et les malades mentaux. On a abandonné l’implantation, dans des lieux soigneusement choisis (plaines, montagnes à moyenne ou haute altitude), des sanatoriums pour tuberculeux, de même que les plans comportant d’importantes «galeries de cure». Si la fréquence de la tuberculose pose encore un problème dans de nombreux pays, c’est par la construction d’hôpitaux d’un type courant, établis à la périphérie des agglomérations et facilement convertibles en établissements pour d’autres catégories de malades, qu’on peut contribuer à le résoudre.

Seul parmi les anciens hôpitaux spécialisés, l’hôpital psychiatrique appelle des dispositions particulières, car il importe que les malades mentaux bénéficient d’une répartition spatiale des locaux de séjour et des lieux de réunion qui corresponde à leurs désirs et aide à leur resocialisation. Il semble qu’un plan très souple s’inspirant de l’archétype du village aux habitations non contiguës répond à ces impératifs.

Au sujet des hôpitaux spécialisés par discipline (pédiatrie, traumatologie, gériatrie, cancérologie, etc.), l’accord est loin d’être fait. La tendance, pour les ensembles hospitaliers moyens, est l’intégration à l’hôpital général et, pour les grandes villes, la création d’antennes ou services annexes destinés aux malades qui, après la phase aiguë de leur affection, doivent bénéficier de surveillance diététique, de soins espacés et de rééducation. Ce concept est une extension de celui des soins gradués. Pour les centres universitaires, la création d’instituts spécialisés est souvent une solution satisfaisante.

hôpital, aux [ ɔpital, o ] n. m.
hospital 1190 ; ospital 1170; lat. hospitalis « d'hôte, hospitalier », substantivé hôtel
1Anciennt Établissement charitable, hospitalier, où l'on recevait les gens sans ressources, pour les entretenir, les soigner. asile, hospice. « L'hôpital général est celui où l'on reçoit tous les mendiants » (Furetière).
2(1675, répandu déb. XIXe) Mod. Établissement public, payant ou gratuit, qui reçoit ou traite pendant un temps limité les malades, les blessés et les femmes en couches. hôtel-Dieu; fam. hosto. Les hôpitaux et les cliniques. Personnel médical d'un hôpital : médecins, chirurgiens, spécialistes, assistants, anesthésistes, internes, externes. Personnel soignant d'un hôpital. hospitalier. Médecin, chirurgien des hôpitaux. Dr X, ancien interne des hôpitaux de Paris. Les salles, les chambres d'un hôpital. Lit d'hôpital. Envoyer, admettre un malade dans un hôpital, à l'hôpital. hospitaliser; hospitalisation. Consultations, maternité, service des urgences d'un hôpital. Infections se répandant à l'hôpital. nosocomial. Hôpital militaire. Navire, bateau-hôpital, aménagé en hôpital. — Hôpital de campagne. Hôpital psychiatrique (anciennt asile). Hôpital maritime de Berck. sanatorium. Hôpital de jour.

hôpital nom masculin (latin hospitalis domus, maison où l'on reçoit les hôtes) Établissement public ou établissement privé ayant passé certaines conventions avec l'État et où peuvent être admis tous les malades pour y être traités. S'emploie comme apposition, avec ou sans trait d'union, à un nom désignant un bâtiment : Navire-hôpital.hôpital (difficultés) nom masculin (latin hospitalis domus, maison où l'on reçoit les hôtes) Orthographe Avec un accent circonflexe sur le o. Remarque L'accent circonflexe remplace le s de l'ancien mot hospital, qui subsiste dans hospitalier, hospitaliser, hospitalisation, hospitalité, ainsi que dans hospice (latin hospitium). ● hôpital (expressions) nom masculin (latin hospitalis domus, maison où l'on reçoit les hôtes) Hôpital auxiliaire, formation sanitaire organisée par les sociétés d'assistance aux blessés pendant les deux guerres mondiales. Hôpital de jour, service hospitalier où les malades sont hébergés pendant la journée pour y recevoir les soins nécessaires à leur état et regagnent chaque soir leur domicile. Hôpital maritime, militaire, établissement sanitaire du service de santé des armées dans un port de guerre ou une ville de garnison. Hôpital de nuit, service hospitalier où les malades, qui poursuivent leur activité professionnelle dans la journée, sont hébergés la nuit pour y recevoir les traitements et la surveillance médicale qui ne peuvent être assurés chez eux. Hôpital psychiatrique, établissement hospitalier spécialisé dans le traitement des troubles mentaux, nommé asile avant 1938 et actuellement centre psychothérapique ou centre hospitalier spécialisé.

hôpital, aux
n. m. établissement aménagé de manière à pouvoir dispenser tous les soins médicaux et chirurgicaux. Une chambre d'hôpital.

⇒HÔPITAL, -AUX, subst. masc.
A. — Vieilli
1. Maison hospitalière où l'on recevait les pèlerins, où l'on soignait gratuitement les malades, les infirmes, les vieillards indigents. L'hôpital de l'Hôtel-Dieu à Paris. Ils y ajoutent un hôpital pour y recevoir les étrangers et les pélerins (CHATEAUBR., Génie, t. 2, 1803, p. 474). La Charité est un hôpital, un hôtel-Dieu qui ramasse toutes les misères du monde (PÉGUY, Myst. Sts Innocents, 1912, p. 19) :
1. ... l'hôpital continua de recevoir toute sorte d'épaves. Là mourut le pauvre Pierre Renan, ton oncle, qui mena toujours une vie de vagabond...
RENAN, Souv. enf., 1883, p. 23.
2. Vieilli. Maison de correction. ,,Mettre une fille de mauvaise vie à l'hôpital`` (Ac. 1835, 1878). ,,La mettre dans une maison de force`` (Ac. 1835, 1878).
B. — [P. oppos. à hospice] Établissement public habilité à recevoir les malades, les blessés, toute personne dont l'état de santé réclame une surveillance, une intervention, des soins. L'hôpital était rempli de soldats blessés (ERCKM.-CHATR., Hist. paysan, t. 1, 1870, p. 388). J'apprends en me réveillant que Garine, après une crise, a été emmené à l'hôpital cette nuit (MALRAUX, Conquér., 1928, p. 108) :
2. L'hôpital est l'élément d'une organisation de caractère médical et social dont la fonction consiste à assurer à la population des soins médicaux complets, curatifs et préventifs (...) c'est aussi un centre d'enseignement de la médecine et de recherche bio-sociale.
Office Mondial de la Santé, Série de rapports techn., 1957, 122, 4.
SYNT. Hôpital civil; l'hôpital des aveugles; un hôpital de lépreux; blouse, chambre, odeur, salle d'hôpital; chirurgien, infirmière de l'hôpital; aller en consultation, être de garde, mourir, se réveiller, être transporté, admis à l'hôpital; soigner les malades de l'hôpital; évacuer les hôpitaux; léguer son corps aux hôpitaux.
1. En partic.
Lit d'hôpital. Place pour un malade dans un hôpital. Il avait dépensé plus d'un million pour la ville et pour les pauvres. L'hôpital était mal doté; il y avait fondé dix lits (HUGO, Misér., t. 1, 1862, p. 202).
Externe, interne, médecin des hôpitaux.
2. a) Hôpital général. Hôpital où l'on soigne plusieurs sortes de maladies (Hôpital Cochin, Laënnec, Bichat, etc.). Hôpital spécialisé, où l'on ne soigne que des personnes atteintes de la même maladie ou du même groupe d'âge. Hôpital des aliénés, des enfants-malades; hôpital psychiatrique. Dès 1942, l'hôpital du cancer de New York fut parmi les premiers à essayer les traitements par administration buccale d'iode et de phosphore radioactifs (GOLDSCHMIDT, Avent. atom., 1962, p. 231).
b) [En cas de guerre ou d'épidémie] Hôpital auxiliaire de la Croix-Rouge, d'évacuation; hôpital de campagne; hôpital des gazés; hôpital militaire; navire-hôpital, vaisseau-hôpital (à bord duquel on soigne les malades, les blessés). Sylvestre, qu'on avait rapporté à Hanoï, fut envoyé en rade d'Ha-Long et mis à bord d'un navire-hôpital qui rentrait en France (LOTI, Pêch. Isl., 1886, p. 149). Mon père avait dû remuer ciel et terre pour apprendre dans quel hôpital militaire j'étais soigné (CENDRARS, Bourlinguer, 1948, p. 37).
P. anal., fam. Maison particulière où il y a des personnes malades. La maison était un vrai hôpital. Depuis quelque temps, son mari ne quittait plus la chaise longue (ZOLA, Joie de vivre, 1884, p. 938).
REM. Hosteau, hosto, subst. masc., pop. Hôpital. Ce que je souhaite à tout chacun, c'est la petite blessure coquette avec trois semaines d'hostau (DORGELÈS, Croix de bois, 1919, p. 84). J'avais été réformé avec un bras en moins. Il fallait des lits. On m'avait vidé de l'hosto (CENDRARS, Lotiss. ciel, 1949, p. 214). Graphie osto ds ROB. Suppl. 1970.
Prononc. et Orth. : []. [o-] var. ds BARBEAU-RODHE 1930, Pt ROB. et WARN. 1968. [o-] seule transcr. ds FÉR. Crit. t. 2 1787, NOD. 1844 et DG. LITTRÉ rejette cette prononc. : ,,l'accent circonflexe ne se fait pas sentir``. [-] s'explique par la position atone de la voyelle. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. A. 1. Ca 1170 ospital « établissement charitable [le plus souvent dépendant d'un monastère] où l'on accueille les pauvres, les voyageurs » (CHR. DE TROYES, Erec, éd. M. Roques, 3132); 2. 1671 hôpital pour les malades : nosocomium, valetudinarium (POMEY). B. 1181 maison de l'Ospital de Jerusalem (ap. LE GRAND, Statuts d'hôtels-Dieu, 14 ds QUEM. DDL t. 4); 1195 (AMBROISE, Guerre sainte, 2967 ds T.-L.). Empr. au b. lat. hospitalis [domus] subst. « lieu de refuge, d'accueil » [« diversorium, receptorium, xenodochium »], hospitale « id. » (TLL s.v. hospitalis, 3035, 7), qui, à l'époque médiév. se spécialisa dans les milieux monastiques au sens A 1 (1re moitié VIIIe s., BÈDE ds NIERM.); cf. a. prov. hospital désignant l'hôpital S. Raymond dépendant du monastère S. Sernin (1075-78, Cart. S. Sernin de Toulouse, éd. C. Douais, n° 546, p. 379). Au sens A1 a été presque totalement évincé par hospice (cf. BRUNOT t. 6, p. 188, n° 4). B Ospitale Jherosolimitanum (1108, Cart. gén. des Hospitaliers, éd. J. Delaville Le Roulx, t. 1, p. 17, n° 15 [doc. des Arch. Hte-Gne]), désignant l'Ordre de S. Jean de Jérusalem, fondé dans le dernier tiers du XIe s. pour le service de l'hôpital de Jérusalem où étaient accueillis les pèlerins qui se rendaient aux Lieux-saints (Statuts approuvés par bulle de Pascal II du 15 févr. 1113, Cart., éd. cit., t. 1, p. 29, n° 30). Fréq. abs. littér. : 2 172. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 2 202, b) 3 373; XXe s. : a) 2 707, b) 3 922. Bbg. QUEM. DDL t. 8. - SAIN. Arg. 1972 [1907], p. 92, 233; p. 27-28, 246 (s.v. hosteau).

hôpital, aux [ɔpital, o] n. m.
ÉTYM. V. 1170, ospital; hospital, 1190; lat. hospitalis « d'hôte, hospitalier », substantivé. → Hôtel.
1 Anciennt. Établissement charitable, hospitalier (d'abord exclusivement religieux) où l'on recevait les personnes sans ressources, pour les entretenir, les soigner. Asile, hospice; dispensaire, refuge; → Œuvre, cit. 9. || « L'hôpital général est celui où l'on reçoit tous les mendiants » (Furetière). || Hôpital des fous (1. Fou, cit. 2, Pascal). Asile, maison. || Hôpital des orphelins ( Orphelinat), des pèlerins. || Hôpital (hospice) des Quinze-Vingts.Spécialt. Maison où l'on internait et soignait les prostituées. || « Mettre une fille de mauvaise vie à l'hôpital » (Littré).
1 Eh oui ! reprit-il, il y a deux mois qu'elle (Manon) apprend la sagesse à l'Hôpital général, et je souhaite qu'elle en ait tiré autant de profit que vous à Saint-Lazare.
Abbé Prévost, Manon Lescaut, I, p. 89.
2 Le vocabulaire de l'Ancien Régime était moins précis (que le vocabulaire actuel). Les définitions mêmes qui furent alors données sont défectueuses et peu claires. Ainsi Guyot regarda l'hôpital comme « une maison fondée et destinée pour recevoir les pauvres, les y loger, les nourrir, les traiter par charité » (…) L'Encyclopédie Méthodique tâche d'être plus précise. Elle établit une distinction entre : — l'hospice, « lieu où l'on donne l'hospitalité » (…) — l'hôpital, « lieu destiné à soigner les malades d'un certain genre, d'un certain lieu (…) » — l'Hôtel-Dieu, où sont admis « tous les malades indistinctement (…) ». Mais la distinction (…) était plus théorique que réelle.
C. Bloch, l'Assistance et l'État en France à la veille de la Révolution, p. 58, in Brunot, Hist. de la langue franç., t. VI, p. 188.
3 L'Hôpital général, ainsi nommé parce que la maladie, la vieillesse et la misère s'y donnaient rendez-vous, était un bâtiment énorme (…) Devant la porte était un petit auvent, où se réunissaient, quand il faisait beau, les convalescents et les bien-portants. L'hospice, en effet, ne contenait pas seulement des malades, il comprenait aussi des pauvres remis à la charité publique et même des pensionnaires, qui, pour un capital insignifiant, y vivaient chétivement, mais sans souci.
Renan, Souvenirs d'enfance…, I, II.
L'hôpital, symbole de la misère, de la pauvreté. Asile, hospice.Loc. (vx). Prendre le chemin de l'hôpital : se ruiner par de folles dépenses.Mourir à l'hôpital, dans la misère (→ Économie, cit. 24). || Il sera dans peu réduit à l'hôpital (Académie).REM. Les emplois métaphoriques d'hôpital au sens ancien d'« asile », d'« hospice », seraient compris de nos jours au sens moderne du mot.
2 (1671; répandu déb. XIXe). Mod. Établissement public, payant ou gratuit, qui reçoit ou traite pendant un temps limité les malades, les blessés et les femmes en couches ( Maternité; fam. hosto; péj. mouroir, cit.). || Les hôpitaux et les cliniques. Hospitalier, sanitaire (établissement). || Le dispensaire, à la différence de l'hôpital, n'abrite pas les malades. || L'asile (cit. 32) et l'hospice diffèrent de l'hôpital par leur objet mais sont régis par la même législation.Personnel administratif : directeur, économe d'un hôpital. || Personnel médical d'un hôpital : médecins, chirurgiens, spécialistes, assistants, anesthésistes, internes, externes ( Internat; externat). || Les blouses blanches des médecins d'hôpital. → Les hommes en blanc. || Infirmiers, infirmières, aides, manipulateurs d'un hôpital. || Faire son service, se faire remplacer à l'hôpital (→ Coûter, cit. 19; exhaustif, cit. 2; explication, cit. 4). || Enseignement clinique de la médecine, donné dans les hôpitaux. || Hôpital lié à une université (centre hospitalier universitaire; C. H. U.). Hospitalo-universitaire.Les bâtiments d'un hôpital. || Hôpital en surface, constitué par des pavillons; hôpital en hauteur. || Corps d'hôpital (→ Coron, cit.). || L'économat, la gestion, la direction de l'hôpital. || Les salles d'un hôpital (salle de consultation, d'opération, salles des malades, salles de garde, pharmacie). || Services d'un hôpital (médecine générale, vénérologie, phtisiologie, maladies contagieuses, gynécologie, radiologie, laboratoires, etc.).Lit d'hôpital (→ Fusiller, cit. 1; grabat, cit. 2). || Un hôpital de mille lits. || Chambre d'hôpital.Être à l'hôpital, être soigné à l'hôpital (→ Fait, cit. 3; foyer, cit. 11). || Coût d'une journée d'hôpital ( Hospitalisation). || Frais d'hôpitaux. || Crever (cit. 24), mourir dans un hôpital. || Envoyer, admettre un malade dans un hôpital. Hospitaliser; hospitalisation.Hôpital général, où l'on soigne plusieurs sortes d'affections. || Les hôpitaux Cochin, Laënnec, Bichat, Saint-Louis, sont des hôpitaux généraux situés à Paris. || Hôpital spécial. || Hôpital d'enfants. || L'hôpital des Enfants-Malades, à Paris.Hôpital improvisé en temps d'épidémie (→ Endroit, cit. 6). || Hôpital servant de lazaret, de léproserie, de maladrerie.
4 Entre l'hôpital, la clinique et l'hospice, l'asile, il y a une grande différence; dans les premiers, sont soignées les maladies aiguës, les seconds reçoivent les individus atteints de maladie chronique, les vieillards. Dans les premiers, les soins, toutes les interventions, opérations (…) doivent être aussi rapides que possible (…)
A. Perret, in Encycl. (de Monzie), 16.68.8.
5 Las du triste hôpital, et de l'encens fétide
Qui monte en la blancheur banale des rideaux
Vers le grand crucifix ennuyé du mur vide,
Le moribond sournois y redresse un vieux dos (…)
Mallarmé, Poésies, « Les fenêtres ».
6 (…) il avait déjà la charge de la clinique municipale qu'on appelait pompeusement l'Hôpital. Ce n'étaient pas tant les trente lits, souvent vides, mais il y avait la consultation.
Aragon, les Beaux Quartiers, I, VIII.
7 (…) toujours fourré chez ses malades, tantôt à l'hospice de ceci, tantôt à la clinique de cela (…) Trois fois par semaine il va à l'hôpital de Dreux où il donne des consultations gratuites.
J. Green, Adrienne Mesurat, III, IV.
8 (…) les familles devaient (…) consentir à l'isolement de leurs malades dans les salles spéciales de l'hôpital.
Camus, la Peste, p. 66 (→ Équiper, cit. 7).
(1893). || Hôpital militaire, destiné au traitement des militaires, malades ou blessés et qui sont en activité de service. || L'hôpital du Val-de-Grâce. || Soldat des formations (cit. 2) sanitaires employé dans les hôpitaux. || Hôpital militaire complémentaire, hôpital auxiliaire de la Croix-Rouge, hôpital d'évacuation, en temps de guerre. || Hôpital militaire ambulant ( Ambulance), sédentaire. || Évacuer (cit. 7) un malade, un blessé à l'hôpital.Hôpital mixte : hôpital civil recevant aussi des militaires.
9 Carré n'a vu le feu qu'une fois, et, tout de suite, il a reçu un coup de fusil (…) il avait une bonne provision de courage, et c'est entre les murs d'un hôpital qu'il lui faut la gaspiller (…) C'est bien heureux que Carré ait gardé tant de courage pour l'hôpital, car il en a grand besoin. Les opérations successives, les pansements, tout cela tarit les sources les plus généreuses.
G. Duhamel, Récits des temps de guerre, I, Hist. de Carré et Lerondeau.
Navire, bateau-hôpital, aménagé en hôpital. Infirmerie.L'hôpital du bord.
Spécialt (en France). Établissement public défini par la législation hospitalière (réforme de 1958) : centre hospitalier, hôpital proprement dit, hospice. Hospitalier.
REM. Certains établissements médicaux publics considérés comme des hôpitaux et répondant à la définition de ce mot ne sont pas désignés officiellement par ce nom (ex. : maison, clinique d'accouchement;Maternité; clinique chirurgicale). Par contre, on donne le nom d'hôpital à certains établissements spécialisés abritant les malades pendant un temps indéterminé et communément désignés par un autre terme. Ex. : hôpital maritime de Berck (→ Sanatorium); hôpitaux psychiatriques; → Asile (vx).
9.1 (…) à la longue, la dénomination d'asiles, surtout d'asiles d'aliénés, a fini par prendre une teinte péjorative et sur l'initiative de M. Rucart, ministre de la Santé publique, ce terme a été transformé en celui d'hôpitaux psychiatriques.
H. Baruk, Psychoses et Névroses, p. 129.
(Dans des composés) :
9.2 Si, en U. R. S. S., l'extermination de ceux qui réclament leur liberté se pratique dans des camps et dans des hôpitaux-prisons, au Chili, l'extermination de celui qui réclame l'égalité (travailler-manger) se pratique dans des camps et hors des camps.
Michèle Perrein, Entre chienne et louve, p. 224.
Fig. || C'est un hôpital, se dit d'une maison, d'un lieu où se trouvent de nombreux malades.
10 Smolensk n'était plus qu'un vaste hôpital, et le grand gémissement qui en sortait l'emporta sur le cri de gloire qui venait de s'élever des champs de Valoutina.
Ph. P. Ségur, Hist. de Napoléon, VI, 8.
Loc. fam. L'hôpital n'est pas fait pour les chiens. — ☑ Envoyer qqn à l'hôpital, le frapper gravement.
DÉR. J. Vallès emploie le dér. péj. hôpitaleux, n. m. « employé d'un hôpital » (le Bachelier, p. 343).

Encyclopédie Universelle. 2012.

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